Histoire du bourrelier de Szczyrk, 60

 

Le patronyme d’origine de sa famille, celui que son arrière-grand-père, un bourrelier de Szczyrk, avait officiellement acheté au Bureau d’État Civil du Palatinat de Cracovie, était Kleinhof ; mais de génération en génération, de renouvellement de passeport en renouvellement de passeport, soit qu’on ne graissât pas assez la patte aux chefs de bureau allemands ou autrichiens, soit qu’on s’adressât à des employés hongrois, poldèves, moraves ou polonais qui lisaient « v » et transcrivaient « ff » ou qui notaient « c » ce qu’ils entendaient « tz », soit qu’on eût à faire à des gens qui n’avaient jamais besoin de beaucoup se forcer pour redevenir un peu illettrés et passablementdurs d’oreille quand il s’agissait de donner des papiers d’identité à un Juif, le nom n’avait rien gardé de sa prononciation ni de son orthographe et Cinoc se souvenait que son père lui racontait que son père lui parlait de cousins qu’il avait et qui s’appelaient Klajnhoff, Keinhof, Klinov, Szinowcz, Linhaus, etc. Comment Kleinhof était-il devenu Cinoc ? Cinoc ne le savait pas précisément ; la seule chose qui était sûre, c’est que le « f » final avait été un jour remplacé par ce signe particulier (β) avec lequel les Allemands notent le double « s » ; ensuite, sans doute, le « 1 » était tombé ou bien on lui avait substitué un « h » : on était arrivé à Khinoss ou Khleinhoss, et de là, peut-être, à Kinoch, Chinoc, Tsinoc, Cinoc, etc. De toute façon, il était vraiment secondaire de tenir à le prononcer de telle ou telle façon.

(Extrait CH. LX, Cinoc, 1)

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